
Héroux-Devtek
tente de déjouer la tendance
Tiré
du journal La Presse du 16 septembre 2002
Héroux-Devtek,
le spécialiste des trains d'atterrissage de Longueuil, tente
de garder le cap sur la croissance malgré les déboires
des transporteurs aériens et des producteurs d'électricité,
et même s'il tarde à trouver des cibles d'acquisition.
Nul n'ignore les difficultés de l'aviation commerciale. Mais
depuis le début de l'année, ce qui a le plus nui à
Héroux, c'est la grève de Bombardier, qui a érodé
2 cents de profit par action au premier trimestre de son année
financière 2003.
Et
voilà qu'un autre de ses clients, le géant Boeing, est
menacé d'une grève. Les 1500 employés de l'usine
de Ridley Park, en banlieue de Philadelphie, débraieront au cours
de la nuit prochaine si l'avionneur n'améliore pas ses offres.
Et
hier, les membres du syndicat des machinistes devaient se prononcer
sur des offres patronales que leurs négociateurs jugeaient insatisfaisantes.
Ce syndicat représente environ 25 000 employés dans les
États du Washington, du Kansas et de l'Oregon.
Une
telle grève ferait-elle mal à Héroux-Devtek? «
Il pourrait y avoir un léger impact. Mais Héroux tire
seulement 15% de ses revenus des gros avions commerciaux comme ceux
de Boeing », note Cameron Doerksen, analyste chez Dlouhy Merchant.
«
À court terme, il n'y aurait pas d'impact, mais si la grève
durait plus d'un mois, oui », juge un analyste qui a requis l'anonymat
et qui croit que l'impact pourrait être plus grand que la grève
chez Bombardier. ´Boeing est un plus gros client dans les trains
d'atterrissageª, avance-t-il.
«
Même s'il y est moins exposé que Magellan, une grève
chez Boeing aurait tout de même un impact significatif sur Héroux
», croit aussi Adam Shine. L'analyste de CIBC Marchés mondiaux
parle d'un peu moins de 1% par action par mois.
Même
si Boeing évite le pire, Héroux doit trouver moyen de
compenser le ralentissement de l'aviation commerciale. Le manufacturier
compte notamment sur un essor des commandes de l'industrie de la défense.
Mais
ça ne sera pas suffisant, considèrent plusieurs analystes.
« On parle d'augmentation de dépenses militaires. Il y
a des programmes militaires intéressants à long terme,
comme les aéronefs sans pilote Boeing et le Joint Strike Fighter,
mais ça ne s'est pas encore vraiment rendu chez les manufacturiers
», explique Cameron Doersken, de Dlouhy Merchant.
Les
aéronefs sans pilote de Boeing pourraient amener de bons contrats
dans 10 ans, alors que la production des avions de chasse du programme
Joint Strike Fighter n'entreront pas vraiment en chantier avant 2008,
rappelle-t-il.
De
l'eau dans le gaz
Une
autre division d'Héroux, celles des composantes de turbines à
gaz, a été affectée par la chute des commandes
d'un important client, GE Power Systems. Le scandale d'Enron a freiné
les projets de production d'électricité, considère
Héroux. Là aussi, l'entreprise cherche des contrats pour
compenser.
Elle
en a annoncé un la semaine dernière, celui de GE Aircraft
Engines qui lui achètera pour 30,7 millions de dollars de composantes
pour ses moteurs d'ici 2007.
Mais
de ce côté également, la substitution ne sera pas
automatique. «« Ça prend beaucoup de temps pour devenir
un fournisseur plus important, c'est un lent processus », note
Cameron Doersken.
Espoirs
d'acquisitions
Le
grand patron d'Héroux-Devtek, Gilles Labbé, répète
depuis un bon bout de temps qu'il est à la recherche d'acquisitions.
Il peut se le permettre: l'entreprise dispose de liquidités de
56 millions et de 60 millions en facilités de crédit inutilisées.
Mais rien n'a bougé sur ce front depuis la tentative de fusion
avec NMF, qui a tourné court au début de l'été.
Le
prix est peut-être un obstacle. « Après le 11 septembre,
la valeur des entreprises (en aérospatiale) a augmenté
parce que leurs revenus proviennent à la fois des secteurs commercial
et de la défense », note un analyste qui a requis l'anonymat.
Les
difficultés durables de l'aviation commerciale pourraient toutefois
renverser la tendance. « Quand les marchés tombent, ça
prend toujours du temps aux compagnies privées à réaliser
leur perte de valeur. Ça leur prend du temps à retomber
sur terre », commente Martin Goulet, analyste à la Financière
Banque Nationale.
«
Les constructeurs d'avions accélèrent la consolidation
de leur base de fournisseurs », peut-on lire dans le rapport annuel
d'Héroux, qui y voit une occasion d'acquisitions. Mais n'est-ce
pas aussi un risque pour le fabricant de Longueuil, s'il ne trouvait
pas de cible de choix? « Oui, devenir gros c'est important. Mais
ils peuvent aussi devenir un centre d'excellence. Quand les clients
veulent concentrer leurs commandes, il regardent qui est le meilleur
et au moindre coût », dit Martin Goulet.
Héroux
croit que ses ventes reculeront de 10% par rapport à l'an dernier.
« Je m'attends à une réduction de quasiment 25%
sur une base comparable avec l'année passée, donc avant
l'amortissement de l'achalandage », calcule Martin Goulet.
Les
prix cible des analystes interrogés par La Presse vont de 7,15$
à 10$ d'ici 12 mois. Le titre de Héroux-Devtek a clôturé
hier à 6,00$ à la Bourse de Toronto, inchangé par
rapport à la veille.